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Mommy, Xavier Dolan

Steve est un adolescent de 16 ans à peine, atteint de TDHA (trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention), à tendance "opposant/provoquant, que sa mère vient chercher dans le centre éducatif fermé qui s'occupe de lui. Trop agressif, trop violent, trop dangereux. Sans instruction, issus d'un milieu populaire, mère et fils réapprennent à vivre ensemble. Les dialogues truculents sont sous-titrés, parce que parlés en joual, l'argot de Montréal  "imaginatif, salé, vulgaire", dit Xavier Dolan. Pour nous, Français de France, il est difficile de comprendre cette langue où se mêlent anglicismes, et expressions québécoises fleuries et populaires, souvent hilarants, qu'il aurait été dommage de rater.

 

Diane Dupré est une femme forte, combattive. Veuve à seulement 46 ans, elle perd le petit boulot au courrier du cœur d'un journal local grâce auquel elle "paye l'épicerie et les bills" (les factures), et décide de prendre en charge à domicile la scolarité de son fils. Le lien qui l'unit à Steve est exalté, excessif, inconditionnel. Les limites semblent labiles, et Steve en joue. On le voit insérer un CD, laissé par son père, compilant un florilège de chansons qui rythment leur histoire. Un peu perdue, elle demande l'aide de sa voisine, professeur en congé sabbatique, pour l'aider à enseigner les matières scolaires.

Les voici tous les trois ensemble, essayant de se composer une vie en équilibre fragile, car il se savent sur le fil du rasoir. Tout peut exploser; Steve est une bombe à retardement, chaque situation peut dégénérer dangereusement. Cependant, si tout peut exploser, c'est aussi pour une plus grande liberté, lorsque l'horizon s'élargit et que les dimensions de l'écran s'agrandissent: du plan serré sur les trois personnages étroitement installés dans une vie étriquée, où les femmes (la mommy et sa voisine) ne se parlent jamais dans un même plan, si ce n'est en présence de Steve, on passe à un cadrage plus large, où Steve skate dans les rues de Montréal, où Diane rêve d'un avenir radieux, "sur la route".

La lumière qui baigne magnifiquement la première scène, notamment, dans laquelle Diane, sous un pommier, regarde les fruits qu'elle peut attraper, donne une tonalité seventies, quasi romantique, douce, dans de nombreuses scènes.  "On a souvent cherché à reproduire les lumières des photos de Nan Golding, qui a beaucoup travaillé sur l'intimité des marginaux et des prolos", explique Xavier Dolan, dans un interview donné à Télérama. "Au moins une cinquantaine de plans du film s'en inspirent."

Film superbe, violent, c'est un choc émotionnel qui nous laisse pantois.

Avec Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine-Olivier Pilon.

 

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